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20 avril 2011 3 20 /04 /avril /2011 19:37

"... Forcer les portes que chacun préfère frôler sans y toucher..." 'Faust', Goethe


L'EUTOPIE DU BENEVOLE


...Faire l'expérience directe des règles, signifie reconnaître leur caractère conventionnel et infondé...

...Comme faire l'expérience directe d'une notion molle du bénévolat qui ne remet rien en cause et qui tient les problèmes sociaux pour une fatalité sur laquelle on n'a pas de prise, laisse place à l'exigence d'une solidarité active, fondée sur l'exercice d'une conscience critique... au dehors des limites de toute société… pour les errants et les conquérants de l'inutile ...

Qui répondent: présent au présent,

Qui ne s'en absentent pas...

Parce que s'en absenter prendrait la forme de la personne qui dit avoir obéi aux ordres pour justifier l'horreur...

...Après tout, la tâche d'un être humain libre face à une situation d'avancée de la barbarie n'est pas tellement de rêver dans quelle situation idéale il aimerait vivre, mais d'assumer la liberté qui existe dans chaque fait de résistance, en reprenant là le concept de Deleuze, pour qui résister, c'est créer, construire .

Construction qui passe par le développement d'une myriade de relations "non utilitaires" avec les autres, avec le monde et nous mêmes...

...Parce que l'efficacité de chaque acte libre se trouve dans l'acte lui même.

Tout ce que nous pouvons faire c'est "faire ce qu'il faut faire"...

Et au delà du "bénéfice" de l'acte, qui pense l'engagement encore en termes d'"utilité", et qui n'est, en effet, qu'une impression de surface, nous intéresser à ce qui, dans chaque situation, apparaît et existe comme défi et être ...

La grille qui en résulte et qui vient à la vie, est animée de vibrations insoupçonnées et augmentations soudaines d'énergies, coagulations de lumière, tunnels secrets, surprises... Qui dans une mosaïque de regards, déliés entre eux ... seulement en apparence ... suggèrent... indiquent... la voie que l'ancien oracle de Delphes manifestait comme celle de la santé de l'âme ...

A suivre ...pour ne pas se laisser envahir par certaines psychologies de l'adaptation, de plus en plus prédominantes, qui invitent à être toujours moins soi-même et toujours plus convenable à l'apparat; à ajuster ses idées et réduire les dissonances pour les harmoniser à l'ordre fonctionnel du monde ; à conformer sa propre conduite , de manière indépendante à ses propres sentiments et ses propres idées.

A adopter... pour ne pas accepter la situation paradoxale de nos sociétés conformistes et homologuées , où l'authenticité , l'être soi-même, le connaître soi-même , tout ce qui s'éloigne de la recherche d'intérêts ou de pouvoir, toute pratique de solidarité , deviennent quelque chose de pathologique, ou apparaissent comme étant optionnels, simples questions d'opinion , et réveillent même quelque "soupçon" ... ...

Face à cette logique qui phagocyte l'humanité et détruit la vie et la liberté, assumer concrètement cette "résistance" et la ré-proposer comme "exigence ontologique" .

Effectivement, dans mon action "eutopique" de bénévole décidée à rompre avec le cercle vicieux du malheur et du secours, voulant aller de la simple solidarité sociale vers la fraternité humaine , je me suis retrouvée, plusieurs fois, confrontée à l'"activité jugeant" de l'Ego débordant de ce "système social", qui se dresse en censeur de toute pratique essayant d'endiguer l'expérience dévastatrice d'une politique qui a pour objectif premier de placer les individus dans un rapport inversé au monde.

Les contraignant à accepter que les relations entre les êtres passent par l'argent et que l'échelle des valeurs soit établie par la rétribution... les obligeant ainsi à consentir à l'inégalité...

L'axiome sous lequel fonctionne ordinairement le dit système... Enfanté par la rhétorique des deux "princes de la guerre" du siècle dernier, l'État, qui affirme: sans pouvoir, on n'est pas , et le Marché , qui prétend : sans richesse on n'est pas...

Et auquel, le bénévolat, né de ses interstices, s'oppose, ou devrait s'opposer ; au nom de la joie, de la créativité, du rêve... du don ..

Mais chacune de ces insolites ouvertures ne prendront de sens qu'à la condition qu'une véritable expérimentation sociale en soit le guide, conduisant à une évaluation et à une ré-appropriation collective, enrichissant la subjectivité individuelle et universelle, plutôt que de travailler, comme c'est malheureusement trop souvent le cas avec les mass-médias actuels, dans le sens d'un réductionnisme, d'un sérialisme, d'un appauvrissement général...

Le bénévole doit alors faire cet acte de passer de l'aide, aux actions de transformation du système, qui est générateur structurel des causes qui demandent le bénévolat ...même si ce concept de "pratique" se trouve, aujourd'hui, momentanément on l'espère, affaissé… ...

Dans ces conditions, il doit observer et comparer, raconter ce qu'il a vu et vérifier ce qu'il a dit; ne pas penser qu'il ne lui est pas possible ou pas nécessaire d'en savoir plus, car l'obstacle n'est jamais dans l'ignorance, mais dans le consentement. Ne pas se satisfaire de ne pas "pouvoir" faire quelque chose par l'assurance que d'autres ne le peuvent pas davantage ... Et contribuer ainsi à inventer quelque chose comme une politique à la première personne, dans des formes d'organisation nouvelles, où les distinctions entre le social et le politique, la classe et sa conscience, le singulier et l'universel, etc. s'effacent, et où la signification politique de ses actes est immanente aux actes eux-mêmes.

Cela permettrait d'évaluer aussi dans quelle mesure l'activité bénévole, en tant que don et échange de réciprocité, puisse aider à redéfinir les besoins, les échanges et les droits, sociaux...

Mais, pour faire ça, seul une organisation ouverte à l'exploration, un groupe où chacun a besoin de l'interpellation de l'"autre" pour cheminer vers ses valeurs ultimes et pour en faire une véritable force intérieure, peut fournir les instruments, les programmes et les espaces de débat qui canalisent les efforts individuels vers un produit de signification sociale authentique ... Une organisation qui ne se limite pas à l'assistance ou au repérage de biens et de ressources, mais qui introduise des visions antagonistes à l'intérieur de son engagement volontaire. Au moyen d'une logique extérieure à la logique du profit économique dominant dans notre société et qui représente un conflit potentiel , en termes éthiques , avec les promoteurs de l'enrichissement individuel considéré comme le fin ultime de l'homme... Avec une conscience de la complexité des contextes sociaux modernes, habile à stimuler rôles et solutions, et capable de se dessaisir d'appels à l'exemplification. Des associations de bénévolat comme des antennes pour des besoins plus nouveaux et plus sociaux... Qui considèrent notre société, non pas seulement comme un organisme productif, mais comme une communauté d'hommes et femmes, vivants ... Qui aident les faibles à livrer combat à leurs oppresseurs... Qui comprennent pourquoi les choses ne marchent pas... Qui affrontent directement les problèmes et cherchent des solutions nouvelles pour les résoudre ... Qui agissent librement pour un monde qui soit meilleur pour toute l'humanité... ...Qui ne confondent pas le bénévolat, qui a comme fondement le don comme réciprocité qui crée lien social et relations avec les personnes, avec la philanthropie qui se fonde sur le don comme "munus", simple concession qui crée dépendance en qui le reçoit... Qui ne se laissent pas transformer dans une 'ultérieure' ressource disponible pour les administrations publiques diverses, en outils, moyens opérationnels à bon marché dont les gestionnaires peuvent se servir pour des démarches absolument étrangères et le plus souvent opposées à l'éthique du bénévolat même, comme la réorganisation de l'État social orientée au but prioritaire de l'abattage des coûts; à l'extériorisation de fonctions et services , autrefois organiquement afférents à l'organisme public, selon le même modèle d' "outsourcing" qui guide la restructuration industrielle, formant ainsi un second marché du travail dans le champ des services aux personnes, moins garanti et plus motivé , etc. etc. etc. ..

Mais qui, surtout, comprennent que le rôle du bénévole a changé ... et qu'il est le témoin d'une exigence et l'acteur d'un changement radical dans la société civile... le geste de contestation le plus radical contre la mondialisation marchande qui voudrait que le temps ne soit que de l'argent.

Parce que, comme disait Guattari:" Si on ne réinvente pas ces pratiques de solidarité, des praxis de la construction de l'existence, on risque de s'engager dans une épreuve de dépression catastrophique. On ne peut espérer recomposer une terre humainement habitable sans la ré-invention des finalités économiques et productives, des agencements urbains, des pratiques sociales, culturelles, artistiques et mentales. La machine infernale d'une croissance économique aveuglément quantitative, sans souci de ses incidences humaines et écologiques, et placée sous l'égide exclusive de l'économie de profit et du néo-libéralisme, doit laisser place, réhabilitant la singularité et la complexité des objets du désir humain, à un nouveau type de développement qualitatif,"... à un certain nouveau regard...

Celui du bénévole/insoumis, qui à l'optique sèche et aveugle au sens de la vie, de l'expert et du technocrate, pro-pose la vision toujours neuve, épurée, disponible de l'enfance et de la poésie... Constamment en condition d'émergence, pour ré-orienter les finalités technologiques, scientifiques, économiques d'un État qui se fonde non pas sur le lien social, dont il devrait être l'expression, mais sur sa dé-liaison...

Travaillant, en résistant, ce qui fait échec ...toutes les chaînes de l'opinion courante sur la naissance, la mort, le désir, l'amour, le rapport au temps, au corps, aux formes vivantes et inanimées... Dans une transgression innocente , qui forge des enlacements polyphoniques entre l'individu et le social.

Promouvant dans tous les lieux où nous agissons comme bénévoles la perspective d'un choix de la diversité, du dissensus créateur, de la responsabilité à l'égard de la différence et de l'altérité. Une écologie mentale des rapports interpersonnels de type nouveau, une transformation des mentalités et des habitudes collectives, sans lesquelles il n'y aura que des mesures de « rattrapage » à la misère morale, à la perte de sens qui gagne toujours davantage la subjectivité des populations déracinées, non garanties et qui abolit la différence spécifique entre les expériences du monde qui sont à la base de tout besoin "communicatif"...

Presque, alors, expérimenter dans un parcours de conscientisation commune, une sorte d'auto-éducation, mais différente de celle que jusqu'à maintenant s'est faite l'instrument final de l'homologation des êtres... Une éducation qui soit connaissance qui UNIT, et qui soit capacité de se comprendre, de se lire, d'être intelligible, capacité de percevoir l'existence des autres et de toute chose, par Reconnaissance, dans un principe d'équivalence, parce que nous existons nous-mêmes avec ces réalités .

Une éducation selon laquelle chacun est pour un autre cause de savoir, sans transmettre nécessairement aucun savoir spécifique; mais simplement le poussant à mettre en oeuvre la capacité qu'il possède déjà, la capacité que tout homme a démontrée en réussissant sans maître le plus difficile des apprentissages: celui de cette langue étrangère qu'est pour tout enfant venant au monde la langue dite maternelle. Suivant la leçon du "maître ignorant" Jacotot, dont le philosophe Rancière se sert pour dénoncer la dissonance inouïe sur laquelle se perpétue le paradoxe extrême des pédagogies de notre époque...

Observant cette ligne de fuite "penser notre vie en termes d'actions restreintes et d'universel concret", comme spécifie le philosophe et psychanalyste Miguel Benasayg; avancer un autre mode de fonctionnement; marquer une volonté radicale au changement, ici et maintenant, dans les esprits et dans les corps; prouver qu'il est d'ores et déjà possible d'agir selon une 'autre logique', qui ne soit pas celle productiviste du profit, de l'autoritarisme. Dans des dynamiques transitoires, arriver à mettre en question le système lui-même ; célébrer les idées de bien commun, d'intérêt général, de droits universels , de gratuité et de ...diversité, pour un avancement humain dans la solidarité.

Irréductibles, refuser et résister aux injustices, aux inégalités; de plus , si c'est inimaginable pour certains ou malheureusement infaisable pour d'autres...

Rêver, s'indigner, livrer bataille pour une autre civilisation dans la convergence des combats; parce que toutes les luttes n'en forment en réalité qu'une seule ; n'importe quelle lutte, si on pousse la réflexion au bout, si on veut trouver des solutions réelles et durables, rejoint toutes les autres, par le haut , dans une "fusion" dynamique et féconde d'élargissement et d'enrichissement au lieu d'une juxtaposition hétéroclite, limitée, et finalement stérile... Et débouche sur la nécessité d'une transformation totale...

Oeuvrant pour un avenir, aussi peut-être en forme de peut-être ...

Et même si on n'avait pas ( chose qui n'est pas le cas ) une seule proposition concrète à formuler ( véritable chantage à refuser ) la révolte ne serait pas moins justifiée .

"L'indignation est un commencement . Une manière de se lever et de se mettre en route...", explicite Daniel Bensaïd.

Une action qui porte à l'amélioration personnelle et collective . Parce que lutter , critiquer les totalitarismes existants, proposer d'autres modes de vie ensemble..., apprend surtout à vivre concrètement autrement, évitant de reproduire les aliénations et oppressions contre lesquelles on lutte; à remettre en cause nos mentalités , à les changer en vivant différemment sur tous les plans ( économie*, politique, relations, éducation...). et permettant de la sorte de changer de société...

...Une société où toutes les luttes alors deviendraient inutiles...


*Encore une fois, à propos des mots, parce que le "dire" ne "reste" plus caché derrière le "dit"... le jeu de l'étymologie peut nous venir en aide...

Par exemple, dans la langue grecque, la parole économie apparaît comme mot composé: oikos et nomìa, nomos ...

Oikos, dans son sens le plus étendu signifie demeure; mais il indique aussi, dans une signification plus forte, plus métaphorique, le lieu dans lequel On Est, dans lequel on trouve enfin le repos . Le lieu de la "non errance", du "non erreur"; qui nous renvoye à un ordre de vérité...

Nomos signifie valeur,loi...

De cette façon le mot économie, semble donc doublement engagé avec le thème de la vérité...plutôt...

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"La surestimation de la raison a ceci de commun avec le pouvoir d'État: sous sa domination, l'individu dépérit."
Carl Gustav Jung

ABSENCE(s) 


En vue de ce peuple qui 'manque' encore ... continuer dans l'esprit d'aventure de l'âme , faire déborder l'entier, la profusion de plénitude ; respirer son excès d'inconnu et d'inconnues .

Répondre à l'appel ... dé-tisser l'oubli de l'être... Au lieu d'oeuvrer au rétrécissement, aux constrictions ...

Même si on "sait", et on le sait depuis longtemps, que les défaites de la partie la plus ambitieuse des aspirations humaines se répètent de manière cyclique...

Même si on a du mal à comprendre pourquoi certaines choses conquises dans l'expérience commune, à la recherche convaincue de buts extraordinaires et difficiles puissent être réversibles; même si on a de la peine à supposer que certains points de conscience atteints en incandescence soient révocables... même si c'est inconcevable qu'on fasse marche arrière et qu'on puisse éteindre le sentiment que l'homme soit Dieu à l'homme.

Et se dire donc que , peut-être, au cours de l'histoire , on ne s'est jamais vraiment efforcé de manière universelle à comprendre l'essence de l'"affectus" du "bonum commun", auquel plus il y a d'hommes qui y participent, plus il y en a pour tous, comme aurait pu dire Spinoza.

Et s'évertuer alors à pénétrer le rapport entre amour et connaissance , de soi et de l'autre... En s'inscrivant dans une pratique et se mettant à l'épreuve du réel... Mais , sur une voie de démesure, élargissant nos visions humaines vers une passion et un horizon cosmologiques...

Pour re-trouver un autre niveau de l'existence , le Commun, comme expérimentation qui nous regarde, tous ! Pour renouer avec un bonheur , qui soit harmonie, coïncidence avec l'être, dépassement des pulsions immédiates, des calculs... ...Quand on se sent ré-uni à un ensemble, à un tout... Dans l'organisation de choix infinitésimaux greffés en résistances moléculaires dans l'étoffe très serrée du quotidien des sans-voix; où on peut choisir la commodité, la stase , le mimétisme, finissant par construire une vie de déserteur, ou embrasser la connaissance, la résistance, le devenir .. pour une auto-structuration et une auto-valorisation du temps ...

Ce que Jack London appelait le Sud de l'existence, ce pôle où l'expérience coïncide avec son récit, l'écoulement d'une présence commune, qui ne sait se dire autrement...

Mais il y a des comportements, des manières d'être et des usages de relations sociales qui nuisent à la vie car ils lissent la multiplicité et masquent l'unicité dans la dépersonnalisation, ne tenant pas compte des lois de l'unicité, des particularités et des individualités ; qui augmentent les contraintes, créant des tensions accumulées.

C'est pour ça, encore une fois, que le bénévole,comme le poète, tente avant tout de re-conquérir le cri de révolte face à la nécessité et face à toute aliénation de la condition humaine...

Et à ce moment-là, le simple fait de se rencontrer les uns les autres devient en soi une action contre les forces qui nous oppriment par l'isolement, la solitude, la transe des médias ... La convivialité que le bénévole essaie d'apporter (dans notre cas) en maison de retraite régénère de la sorte l'expansivité de la générosité, qui lutte pour devenir le coeur d'une nouvelle société, évoluant à l'intérieur de la carapace corrompue de la vieille... Et réactive un investissement qui l'aide et aide à dessiller les yeux devant la douleur de tout un peuple dont on a défiguré la parole, devant la réalité rugueuse d'un absurde rationnellement installé dans le quotidien...

Un quotidien,redoutable, et qui manque de précipiter dans ses artifices tout le monde : aîné, travailleur social, bénévole ; lesquels, parfois marqués profondément par la faiblesse des ressources symboliques de notre culture , risquent de réagir aux événements et aux situations, de façon plus ou moins adaptée, c'est-à-dire par conditionnement,sans qu'il y ait le concours de la pensée réfléchie et explicite.

Dans une mortification de la demande constitutive de la conscience , qui la condamne à rester clandestine dans la relation sociale , avec les dangers connectés à la régression émotionnelle qu'on constate chaque fois qu'elle est contrainte de devenir un état d'âme muet...

Heureusement cet habitus peut être renversé si un individu réalise ou subit une transmutation de son univers symbolique… …Il s'aperçoit alors que les effets de cet essor de conception se ramifient dans l'ensemble de son espace jusque dans ses gestes de tous les jours... unifiant culture professionnelle et culture du quotidien , le travail et la vie; se déployant du désinvestissement à l'enrichissement de soi-même...

Même si cela suppose que les travailleurs recouvrent la maîtrise des conditions, des outils et des buts de leur travail commun ; une nouvelle culture où les activités productrices cessent d'être des obligations extérieures pour retrouver leur autonomie, leur diversité, leur rythme et se convertir en joie, communication, c'est à dire en art de vivre... pour devenir une tâche et une vertu partout présentes, réglant en permanence la vie individuelle et collective.

Cependant, pour l'instant, l'intérêt qu'on porte à la personne âgée n'a pas comme but celui de la ramener à l'intérieur de la dynamique sociale ou de l'accompagner dans l'accomplissement du soi (ce qui serait déjà trop beau), mais de la neutraliser avec une panoplie de conforts (dans le meilleur des cas) ...

Quand , en revanche, au-dehors de la possibilité de contrôle de la technique médicale. l'essentiel serait la com-passion et tout mettre en oeuvre pour en favoriser l'éclosion ... donner un sens à la maladie et à l'usure du temps, pour toutes les significations subjectives et spirituelles qu'elles possèdent

Miguel Torga chirurgien et poète portugais avertit : "Je trouve que l'homme est une énigme sacrée. Quand il est malade, elle est plus sacrée encore. En tant que médecin, je suis confronté à l'homme dans le moment le plus significatif de sa vie. Cela touche presque à la poésie, parce que la poésie est un absolu et que la maladie et surtout la mort sont aussi des absolus. »

Malheureusement , cette demande du cœur, même si elle est la condition première pour que toute existence trouve sa justification... ne trouve pas de réponse dans l' échange émotionnel avec le monde … Car… une certaine science, ...persiste..., incapable de réaliser un savoir efficient sans supprimer la vision du monde propre à la conscience individuelle; laquelle, dans le seul secret, peut continuer de se poser la question la plus ancienne sur le sens de toutes les choses...

De ce fait toute la structuration de notre civilisation donne l'impression de nier à l'ancien tout futur ; jusqu'à laisser entendre que s'occuper professionnellement du troisième âge soit à considérer un travail "de pure perte"... Car la majorité des idées qui se rapportent au service , ont été dérivées des représentations concernant la production.

Mais il faut justement , pour penser le service d'une manière adéquate, le libérer du paradigme de la productivité.

Selon cette logique notre société continue de favoriser l'existence d'une force travail sous-payée, non respectée, chargée de ressentiment et récalcitrante , qui n'attend que le moment propice pour se délivrer de la dégradation contenue dans l'idée même de son travail. Tout cela procure une exécution aride, privée de fantaisie , au pouvoir d'imagination limité.

Et alors ... contre le service comme servitude , la nécessité dans la vie de chacun de re-conquérir imposante, l'émergence de l'autre, à ne pas entendre, pourtant , comme purement extérieur à ma personne, mais comme présence qui me constitue... Et qui m'accomplit...

Pour pouvoir dire je, on doit pouvoir dire tu ...

En fait chacun d'entre nous vient à la vie, inexorablement , dans un réseau de relations qui lui précèdent et , de la même manière chacun va à la rencontre de la mort, toujours marqué par un réseau de relations, également impossibles à dominer...

L'autre s'impose au je, à partir du fait que ni naissance ni mort, sont à la disposition absolue de l'individu. Dia-loguer, est une condition inhérente à l'accomplissement et à la réalisation de la liberté.

... Pour une idée de service à l'Autre ... en attention constante...

Qui sera sentie comme humiliation et servitude seulement si on s'identifie avec un ego hautain et autoritaire..

Et là encore, des charges considérées comme devoirs ou punitions; nettoyer, réparer, recycler, prendre soin, assister, enseigner, accueillir, répondre, mettre en ordre, conserver, tranquilliser, nourrir, guider, deviendront les modèles pour une idée de service thérapeutique et esthétique..."créatif et poétique", comme dirait Proudhon...

Dans le refus de l'irréversible et de l'insupportable ...

Où on se situe au niveau de l'écoute ...

Mais pour découvrir ce qui nous est étranger, il faut d'abord que l'on découvre en soi-même ce qui est étranger...

Et cela présage une ouverture par rapport à nos habitudes mentales et affectives, et une avancée en ce qui concerne le sens de la vie et le rôle que nous avons à y jouer...

Sur une voie de connaissance de l'être humain qui intègre à la fois les dimensions spirituelle, émotionnelle, corporelle, cognitive et créatrice, où finalement coïncident travail professionnel et travail intérieur... à quelque niveau que ce soit.

"Un grand voyage commence par un premier pas", rappelle la tradition taoïste ; alors, faisons ce premier pas ...

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«Tout devrait être aussi simple que possible, mais pas plus... »
Albert Einstein

 

 

M: LE TRAVAIL D'EXISTER ET DE RESISTER


Un résumé simple et anodin d'un parcours d'accompagnement ...

Un exigu compte rendu , de faits et gestes …

Un exemple de ce qui arrive, dans cet univers d'assistance, où les choses vont de soi

Le calvaire d'une femme , passée d'une relative autonomie à la servitude de la dépendance... à cause de l'étroite vision administrative de froids bureaucrates...

Contrainte de se courber sous le poids de la logique existante et persistante d'une société à deux vitesses, à tous les niveaux et en toutes circonstances...

Enchaînée aux conséquences d'attitudes et principes évidemment évidés de sens ... existentiel, moral, social, culturel et politique...

Imaginatifs exclusivement quand il s'agit d'attaquer des suggestions comme celle de ... "dé-fataliser" les "boîtes noires" d'un certain monde social, autant que "les fondements naturels des inégalités", "les nécessités techniques", "la seule politique possible" ; ou quand il s'agit d'ironiser sur des recommandations telles que: encourager à "réapprendre le respect", de soi même et de l'autre pour contribuer à ouvrir des nouveaux espaces du possible à l'action humaine, en particulier à celle des plus démuni(e)s /dominé(e)s...

Mais, bref !

J'ai rencontré Madame M. chez elle, dans son petit studio , la fierté de toute son existence... Veuve, sans enfants; loin, quelque neveu lointain... S'employant dès l'âge de treize ans à gagner sa sur-vie , elle se dit satisfaite et orgueilleuse , excepté quelque regret pour ses lacunes de scolarisation, de son parcours de fille d'ouvriers, grimpée de la campagne à Paris, grâce seulement à son courage et à son esprit d'initiative...

Digne, dans son statut de retraitée , quelque épargne à la clé, elle coule des jours paisibles, et à sa cadence, même si un peu isolée socialement... et avec le bruissement des présages précurseurs de la transformation à l'approche ...

Dans ces conditions, faute de proches présents, je commence à me glisser dans sa vie, doucement, plus comme un familial adoptif que comme une bénévole, dans le but de l'aider, l'encourager, la soutenir... et avec l'enthousiasme, que je croyais appartenir à tous les sujets sociaux et surtout humains qui travaillent en ces domaines, d'une pratique collective dans la tension évolutive de soi-même et des autres...

Notre fréquentation est une succession de réadaptations à des circonstances qui se renouvellent sans cesse; ses pensées, ses sentiments et ses émotions, mais aussi ses sensations, ses intuitions et ses aspirations, ses relations avec les autres et avec ce que l'on appelle l'énergie, dieu, le divin ou l'absolu, selon les convictions...

…"Renaissances" après "deuils" successifs...

Mais bientôt , avec les premières signes avant-coureurs des véritables défaillances physiques, auxquelles je prête les secours initiaux en attendant la lourde mise en marche bureaucratique, et après la parenthèse tragiquement cocasse d'une infirmière, qui "égare" M. au cours d'un bilan de santé à l'hôpital, frappe à sa porte l'"armée du salut" : assistante sociale/curatrice en tête, suivie d'infirmiers, associations d'aide- ménager, repas de la mairie à domicile, etc...

...Et l'inclassable chorégraphie se déclencha...!

Commençant à se rendre compte qu’elle n’est plus en mesure comme autrefois de s'adonner aux occupations quotidiennes, M. se laisse aller à sentiments d'insécurité, d'impuissance, confusion, colère, chagrin, désillusion et méfiance . Choisissant des stratégies qui s'évertuent à réprimer l'anxiété et à éviter le plus possible la confrontation avec son déficit ascendant.

Des stratégies, comme la négation, la projection ou le retrait dans un propre monde fantastique ou un passé actif, qui semblent lui offrir une aide au maintien de l'image positive de soi-même et qu'elle utilise pour exiler de sa conscience la connaissance de sa propre invalidité et les sentiments de honte et d'inadaptation qui l'accompagnent...

En plus elle se sent piégée et incompétente, à gérer la disponibilité infinie d'un temps insignifiant ..

Qui furtivement submerge toute forme de relation, la faisant assister à l'expérience quotidienne et directe de sa vulnérabilité , qu'elle pressent, justement, dangereuse et irréversible...

En fait tous ces personnels et services qui lui ont été assignés... ménage... courses... santé... "superviseur"... sans parler d'un médecin presque inexistant... ne font que briser son harmonie déjà si légère... Les mesures adoptées qui auraient du, au moins, la faire se sentir entretenue et préservée, se révèlent de plus en plus un échec ... Irrécusable.

Une maison, négligée et malodorante, toiles d'araignées aux murs des toilettes; résultat: équipe de désinfection de la mairie...

Clé de l'habitation, laissée à la disposition des différentes aides ménagères dans sa boîte à lettres qui reste toujours ouverte, par manque de serrure.

Frigo, presque constamment vide, surtout le week-end, quand aucun passage n'est prévu; ni des repas à domicile, ni des soi-disant assistantes de vie...

Linge sale et déchiré... sans parler de son état d'hygiène.

Un médecin soignant, par exemple, qui ne savait pas si le dernier infirmier lui rendait encore visite, et qui "me rassure" en affirmant qu'en tout cas l'aide ménagère peut bien accomplir la tâche ...

Infirmier qui, quand il existe, ne prend même pas la peine et le temps de contrôler qu'elle prenne bien ses médicaments... "entre autre"...

Des pompiers presque en permanence dans son studio à cause de chutes récurrentes, qui la laissent souvent des nuits entières par terre avant que quelqu'un vienne la secourir... Et avec des vitres cassées qui ne seront réparés qu'après quelques semaines; au mois de février!

Curatrice qui, alertée des tous ces incidents , trop débordée pour se déplacer, propose que j'exécute des visites surprises à son domicile en prétendant peut-être que je me déguise en inspecteur du travail ...

Médusée face à l'indifférence et au mépris qui suscitent mes réclamations; atterrée face au tourment injustifiable et immérité de M., après d'innombrables signalisations, restées d'ailleurs longtemps sans réponse, j'arrive à obtenir une ren-contre avec tous les "responsables?" de cette, tout simplement, équivoque atteinte à la dignité humaine ... .

La très soupirée ré-union a finalement lieu ( tous y étaient, sauf, bien sûr , le médecin-fantôme ) ; mais, en extrême cohérence avec la pure représentation du vide administratif et bureaucratique, elle ne se révèle qu'une tromperie de plus...

Les choses ne changent guère; carrément ,elles s'aggravent...

Après une énième chute M. est définitivement hospitalisée pour ne jamais plus rentrer à son bien-aimé petit foyer... Lequel, peut-être, avec ses malheureuses économies , contribuera à payer les mensualités de la maison de retraite dans laquelle elle a atterri, après avoir connu l'enfer des hôpitaux à long séjour.

Et où M. est maintenant censée terminer ses jours, chose, qu'en plus elle redoutait tellement... et moi avec elle...

Dans ce tableau de pouvoir absolu qui récompense scandaleusement l'incapacité, en lui donnant de surcroît bonne conscience, une évidence logique s'impose. C'est à dire:le bénévolat peut s'insérer avec efficacité dans la vaste toile des services, évitant de telles ignominies, seulement s'il est capable de créer efficacement des trames de liaison entre les aspects de programmation et d'organisation et les services sociaux et sanitaires, dans une alliance concrète et sereine, de manière à pouvoir accomplir pleinement ses objectifs primaires. Les mêmes objectifs que ceux des individus qui s'impliquent dans son réseau informel d'assistance... Des individus qui devraient pouvoir, librement ,contribuer à l'évaluation des besoins d'assistance socio-sanitaires qu'on doit offrir aux anciens sans se heurter à l'entrave, entre autres, de faux prétextes déontologiques de la part d'un certain personnel médical et paramédical, (pour la bonne raison qu'ils sont le point de déclenchement et la source de la demande à l'égard d'autres organismes, suite aux nécessités et aux urgences relevées à l'occasion de leurs visites) ; veiller, à la valorisation et à la meilleure application des ressources dispensées sur la base des réelles exigences des utilisateurs; repérer les besoins émergents, en anticiper les réponses, ...avec un bagage minimum d'outils opérationnels, indispensables pour oeuvrer de façon conforme aux exigences de l'assisté. Et, en plus, si vraiment la mission principale du bénévolat est celle de former la culture de la solidarité et d'améliorer les conditions de vie des usagers, ce même bénévolat ne devrait plus se laisser conditionner et contrôler de l'extérieur comme on fait pour les ressources publiques ; mais dans des relations de connexion et coordination avec celles-ci, re-devenir l'essence qui anime le fondement du consortium humain et stimuler et contacter les administrations préposées à la tutelle des droits des citoyens ... assumant finalement aussi sa dimension politique .. Invitant toutes les structures de la société civile à partager son esprit pour éviter le risque de déshumanisation incombant...

Délaisser ces exigences légitime la médiocrité décontractée, à rythmer et régir l'existence d'hommes et femmes, appartenant à la soi-disant catégorie du troisième âge ... sans retour ...

Même si M., à laquelle ne fait pas défaut un certain sens de l'humour , malgré Mr. Alzheimer , continue de flirter avec son imagination, en s'inventant des journées tout à fait différentes de celles, flagrantes et incontestablement réelles, auxquelles elle doit se plier...

J'ai observé, enchantée, plusieurs fois, cette drôle de dame - qui cultive un certain goût pour l'absurde, chose qui fait un de ses charmes - regarder abasourdie et en même temps amusée, comme si elle était au théâtre, des opérateurs, qui n'arrivaient pas à comprendre ses aspects communicatifs... Bien qu'ils passent avec elle 8 heures par jour... Ce qui me pose question: de quoi traitent vraiment les cours de formation adressés au personnel d'assistance à différents niveaux, de l'infirmier professionnel, au psychologue, au médecin, à l'assistant social...?

Mais, revenons à M.

Dans sa nouvelle demeure , même si elle a tout de suite charmé les messieurs et récolté la sympathie des dames, elle souffre des conversations effarées et désordonnées des autres résidents; de la régulation régimentaire de sa vie; des disparitions et réapparitions quasi continues des rares et précieux objets personnels, désormais les seuls liens avec l'extérieur et son passé ... Ça aussi nous conduit à réfléchir à l'utilité de projeter et fournir des espaces vraiment adaptés aux nécessités des malades. Des espaces personnalisés qui ne les désorientent pas ; où on fasse attention aux bruits; où on simplifie , rationalise, singularise les parcours et les air(e)s; où on individualise les caractères de l'approche, de l'accueil, des comportements de réception, avec attention, beaucoup de respect et de tendresse et... un intérêt sincère... Dans une spécificité qui ne soit pas une simple compassion (le contraire de la com-passion) ou une effacée réception pathétique, effaçante... Insinuant l'impératif d'adapter les services à la personne et non pas la personne aux services… peut-être, la bonne interprétation du slogan ambigu "cas par cas"... et la directive fondamentale à suivre ...dans la gestion correcte d'un service ...

Mais... en attendant Godot, M., comme la majorité de nos aînés, ayant survécu à leur conjoint ou, sans enfants ni famille proche, est livrée au laisser-aller d'une administration sans scrupules, et à ses serviteurs qu'on a soigneusement privés de conscience... et, en conséquence, des surprises agréables que l'aventure avec un ancien pourrait leur réserver ...

Parce que, dans mon expérience de l'envol de ces papillons du lendemain, une des choses essentielles que j'ai pu déchiffrer et traverser, a été, et elle l'est encore, une demande d'aide qui sous-entend une recherche de sens, une exhortation de plus au sentiment de responsabilités des structures sanitaires, perdues presque exclusivement dans leurs dérives organisatrices et de formation. Une requête de la récupération de la capacité d'écoute, d'interrogation, d'explication, médiation et interprétation dans la réception des mots et des expressions utilisés du patient pour se décrire soi-même et sa condition propre.

Dans une démarche, par exemple, comme celle de la "Narrative medicine", avancée, il y a quelques années par un groupe de cliniciens londoniens, qui travaille à trouver une métrique finalement adaptée à gérer les aspect qualitatifs et existentiels comme l'angoisse, le désespoir, l'espoir, la douleur morale, l'anxiété, l'amour, la haine, qui fréquemment accompagnent ou représentent la vraie forme de la maladie. En vue d'encourager un témoignage précis de la nécessité de reconstruire, dans la compréhension du vécu du patient, la relation de connaissance et confiance sans laquelle aucun médicament ne pourra soulager de manière harmonieuse l'état de souffrance qui continue à être un envahissant et indésirable compagnon de voyage de notre espèce. Mais pour le moment, les actuelles énergies socio-sanitaires disponibles sur le territoire se révèlent, dans leur profonde faiblesse, de plus en plus inadaptées à soutenir ce type d'engagement, considérable, et qui requiert des attitudes et aptitudes particulières…

Dans cette atmosphère, M. vit détachée du passé comme de l'avenir, tout en maintenant une conduite adaptée aux circonstances momentanées où elle se trouve, à l'aide de lieux communs et de généralités dont elle dispose encore.

Et puisqu'il ne lui reste presque plus rien de ce qui pourrait ressembler à sa vie d'avant l'infirmité…ce qui reste est d'autant plus irremplaçable… pour qu'elle puisse parvenir à faire entendre sa voix ; une voix de détresse parfois, mais aussi de confiance, de tendresse, d'humour souvent… pour préserverl'impression du but, de la finalité, de la valeur même de sa personnalité.

…Alors, les mots qui restent possibles, les regards, la sensation d'une peau sur la peau, tout cela devient la Vie, le sentiment d'appartenir à la communauté des hommes.

Pour la préserver du risque de se sentir une chose, un être dévalué et la faire se sentir, en revanche, le sujet de sa vie, une personne irremplaçable dans son unicité..

Mais, encore une fois, l'expérience dévastatrice de la politique contemporaine désarticule et vide de son sens toute humanité la défigurant aussitôt en une forme définitivement frappée de nullité. Et avec sa puissance de suggestion elle conduit souvent les travailleurs sociaux à négliger que c'est seulement s'il est reçu qu'un message prend toute sa signification, et non simplement parce qu'il est transmis... A oublier que la vérité de l'information renvoie toujours à un événement existentiel chez ceux qui la reçoivent, car son registre n'est pas celui de l'exactitude des faits, mais celui de la pertinence d'un problème, de la consistance d'un univers de valeurs... A ne pas tenir compte du fait que la communication doit être retravaillée en permanence de façon à ce qu'elle puisse s'accorder avec des formes renouvelées dans le social.

A cette vision distordue de la réalité qui oublie que l'existence concrète est dans le singulier, dans l'improbabilité, dans l'accidentel et le périphérique , et qui ne sait pas reconnaître l'intense activité psychique et la grande demande relationnelle des Anciens, M. est désormais confrontée, à vie …

Mais, nouvelle Zarathoustra, avec son air un peu bluffeur, un peu moqueur, elle semble nous mettre en garde… nous rappelant que l'esprit qui ne sait pas danser, qui ne sait pas aimer et qui a presque renoncé à son habilité à voler aussi dans le rêve, est inquiétant

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     "Tant que tu ne sais pas mourir et re-naître, tu n'es qu'un passant affligé sur la terre obscure."
Johann Wolfgang Goethe

"Il n'y a pas concrètement de la matière et de l'Esprit, mais il existe seulement de la Matière devenant Esprit" Teilhard De Chardin

(DANS) LE COEUR DE LA MEMOIRE


La réalité est non seulement l'existence de toute matière que toute chose peut percevoir autour d'elle, mais aussi, l'existence de tout objet de l'univers que tout autre objet ne perçoit pas encore… ébruite le physicien Tan Tai Nguyen...

… Tout au long de cette navigation d'écriture, c'est cette réalité qu'on ne perçoit pas encore, que j'ai tenté surtout de murmurer, de communiquer …

Car elle semble obligée à vivre presque exclusivement dans les échos des savoirs et des pratiques, dont pourtant certains éclairs fulgurants soulèvent parfois des zones d'ombre imprévisibles…. dans la trame de ce procès de structuration, déstructuration, restructuration incessantes, de formes, figures, images, qui est la vie… La quête, obscure et semée d'échecs, du récit perdu, de la promesse du côté de l'invérifiable, et qui va bien au-delà de la mort...

Et qui comme le penser et le langage est commune à tous…

Mais… séparant l'arbre de la science de celui de la vie, une vision dualiste et linéaire de la réalité a désuni la parole de ce qu'elle dévoile en lui faisant acquérir une consistance autonome.

L'être révélé et manifeste - et, donc, commun et participable- se détache de la chose proférée et s'interpose entre celle-ci et les hommes, dans une opacité de relation aux autres et au monde ...

Ainsi le sujet, chercheur ou acteur social, se retrouve dissocié de son objet … aliéné et dépossédé par les monstruosités d'un rationalisme déshumanisant; exilé, dévitalisé, vidé par cette expropriation du commun …

Toutefois, dans ces années, même si très lentement, surtout dans la volonté de faire rentrer dans la pratique commune et sociale des concepts existant depuis longtemps, la science commence à re-joindre la philosophie et la mystique, et d'une certaine façon devient, d'exclusivement expérimentale qu'elle était, plus intuitive, opérant ainsi un saut qualitatif et devenant presque un exercice spirituel.

La science médicale et ses applications, qui dans le cas particulier nous intéressent, pourraient, alors et finalement, évoluer en une voie qui soutient le cheminement de l'être au seuil du mystère, vers son point d'accomplissement…

Selon une connaissance qui unit…qui met en commun-ication, l'aîné, le travailleur social et médical, le familial, le bénévole…pour dérouler le trésor des choses et des êtres, déployés dans leurs multiplicités…

En conséquence, dès qu'un nouvel individu apparaît dans le service,même s'il n'est pas toujours réalisable instantanément de le saisir, de le connaître pleinement dans ses particularités; même s'il peut souvent nous échapper, estompé qu'on est, la plupart du temps, par les évidences, aller le revoir, l'observer, le scruter… L'examiner encore, dans l'espoir qu'un souffle d'innocence originelle nous enveloppe, et en cet instant là intercepter une lumière, comme celle d'une création enfin révélée, dans la transparence et la limpidité retrouvées…

Avec soin, aller à l'essentiel de cette vision, comme obéissant à une loi naturelle, à une "poussée" de l'Évolution…qui nous offre la capacité de percevoir et de reconnaître les réalités-d'existence-physique des autres comme celles de nous-même…dans des relations d'échanges continus…

Seulement à ce moment la signification de la relation commence à s'éclaircir, sortant des brumes de sa confusion apparente, de sa contradiction, de son impossibilité …restituant à leur vraie démarche ceux qui escortent les personnes âgées …

C'est-à-dire… faire le vide en soi pour mieux écouter, savoir écouter pour comprendre, comprendre pour aimer.

Le commencement d'un travail de qualité qui est aussi un travail de connaissance de soi.

Et qui devrait signifier, pour tout un chacun, communiquer, produire du relationnel sur la base de "compétences linguistiques", faisant appel, encore une fois, à ce qui est commun aux hommes…

Devenant poète... impersonnel et commun… qui puise à la force illimitée et universelle du langage…Parce qu'en sa présence on est tous également, et poètes, et philosophes, et savants …Et dans cette force réside l'espérance humaine…Capable de saisir l'évidence des choses excellentes, cachées, et pourtant… sous les yeux de tout le monde; de déplacer les mots de leur immobilité, de les détrôner de leur rigidité…

... Comprendre ça, le vivre vraiment, en faire effectivement l'expérience, signifie choisir de patrouiller sur un chemin de conscience fait d'infinis et imprévus sursauts, vibrations, implosions, explosions de connaissance…

Subséquemment, l'action dans ces 'maisons ambiguës' où des hommes et des femmes disparaissent, étant en même temps les révélateurs de ce qu'ils révèlent... saurait faire venir au jour les effets inconnus ou méconnus de leurs états crépusculaires, de leur repos presque catatonique… un moi fondamental, super lumineux qui se projette sous une forme sous lumineuse…

Dans cet univers, où la causalité n'existe plus puisque tous les événements sont accessibles en même temps dans une synthèse de mémoire et d'oubli, de constitution et d'effacement des formes, suspendus en zones d'indétermination et d'indiscernabilité, découvrir, imaginer, interpréter , dans et avec les "affects" qui s'enchaînent, dérivent, se transforment, vibrent, s'étreignent ou se fondent ... la souffrance toujours renouvelée de ces êtres, leur protestation recréée, leur lutte toujours reprise ...

Deviner le chaos qui s'empare de ces créatures qui avec douleur et angoisse assistent aux pensées qui échappent à eux-mêmes , aux idées qui fuient et disparaissent à peine ébauchées, déjà rongées par l'oubli ou précipitées dans des variabilités infinies dont la disparition et l'apparition coïncident, dans une étreinte de sensations sans ressemblance… Atteindre et pénétrer en ces régions où tourbillonnent ces vivants, dans une entreprise de co-création, comme des composés mélodiques de contrepoints, comme 'motif' dans une autre mélodie...

Essayer de con-vivre avec leurs "interférences non- localisables" avec leurs secrets "dérobés"... Se rendre sensible et disponible à la perception de la cognition de la fin, faite d'excès; à la perception de la perception du 'saut' qui est s'annoncer ou se sentir annoncé...

Avancer dans l'horizon de la fin avec le talisman de petites ivresses pour y faire découvertes imperceptibles , retracer les signes fragiles de ce que nous recherchons ….

Initiation difficile, certes…

Mais exaltante, pour réincorporer pouvoirs et forces diffusés dans le cosmos et négligés par l'homme.. "Devenant"... la graine individuelle d'un esprit commun, qui donne voix à une volonté plus différenciée et collective... rien qu'une seule d'entre les timbres que la parole peut confier...

Et loin d'être dans la certitude, être capable d'une question de plus… Du fait que ce qui compte véritablement, vient toujours ensuite. En route...

Sur la voie d'un exode, d'un faire positif, d'une activité qui ne s'abandonne pas à la finitude, à sa limite inutilisable, à l'adhésion unilatérale à tous les ordres en vigueur, à toutes les règles...

En violation des « lois des grandes quantités », dans des « structures dissipatives »,selon Ilya Prigogine, susceptibles d'altérer le système entier et d'y insinuer des organisations nouvelles…

...où la Loi soit finalement pénétrée comme un principe intérieur...

Pour re-traverser courageusement la hiérarchie jusqu'à la Fable et effacer toute dualité que l'homme s'est construite, à commencer et à terminer par la dualité souveraine

celle de Vie et de Mort…

Afin, tout simplement, de pouvoir exclamer:

« C'est la première fois que je vois un patient mourir l'avenir devant soi »… (1)

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(1)"La fée carabine", Daniel Pennac

 

 

 

 

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EN CONCLUSION(s)...

 

 

par Angelo Ermanno Senatore


 

Jonction, ce n’est pas une fausse unité, mais un ensemble complexe de connexions horizontales et/ou verticales qui réagissent en interaction les unes sur les autres, pour reconstituer des nouvelles cartographies géo philo artistiques/politiques humaines, nouvelles ré/territorialisations existentielles, devenirs révolutionnaires, à venir.
Une grande alliance néo globale (A.D.S.L. Autonomie alternative, Démocratique, Sociale, Libertaire d’unité des précaires: prolos, exclus, opprimés) est en train de se reconstruire, malgré la puissance de doubles contraintes, (double bind de Bateson Gregory) qui impliquent les dominations idéologiques, bio politiques à travers les dualismes binaires des bifurcations complices "du bien et du mal", de la guerre permanente des pensées uniques dominantes, des "bush et ben laden", faux ennemis qui dans le miroir du faux/du vrai brouillent encore les pistes de compréhension de la pensée complexe qui nous opprime, nous, la majorité des populations aliénées de "Gaia".
Le brouillage culturel transforme toute tentative de révolte, de resistance/dé/sistance, dans une guerre sémiotique invisible qui aide encore mieux ces nouveaux idéologues maîtres à penser, à dominer, exploiter, opprimer, en récupérant toute transgression au nom de la démocratie, du multiculturalisme, tolérance, communautarisme, libérale, etc.
Malgré ce brouillage, con/fusion de chaosmose, pour souligner les prévisions de Guattari, une galaxie de résistants est apparue en opposition à cet état des lieux des dominations néo/libérales, lesquelles sont en train de reconstruire dans cette globalisation, qui n'est rien d'autre qu'une troisième révolution (pour les tecnologies, techno-sciences) une restauration du capitalisme qui pourrait nous porter vers la barbarie d'un retour au moyen âge, au repli ethnique pseudo religieux, fondamentaliste, intégriste, nationaliste, communautariste, etc. Comme nous l'a dit déjà Marx dans son interprétation des "capitalismes" dans leur phase avance, des impérialismes, des sovraproductions, superproductions, de la plus-value,etc (c'est le temps aujourd'hui de la "globalisation" de la société de communication, des services, managériale post fordiste, médiatique, parlamentaire, des démocraties libérales en crise).
L'art, la culture, la politique sont restés seuls dans leur marge pour des décennies.
L'art a perdu son aura avec le concept de reproductibilité benjaminienne, puis a perdu la puissance de révolte critique radicale des avant-gardes dadaïstes futuristes et situs du siècle dernier, pour devenir un faux art démocrate de masse/massifié, un art sans règles, où derrière une fausse liberté d'expression libérale se cache son vrai masque d'exclusion, qui se montre à travers la sélection des vrais artises révolutionnaires, qui ne se plient pas aux religions, aux lois de la marchandise, du dieu argent (god/gold). Vraies religions à dominer de cette époque pré-révolutionnaire, pré-biblique, barbarie de l'ignorance, où la majorité des gens sont exclus de cette ré/organisation globale de leurs vies, les fameuses bio/politiques...(Foucault, etc.)
Après l'art est venu le temps de "matraquer/formater" la culture qui s'est transformée en culturel/culturama: staracademisée/intellocraties/staracademicienes, culture d'intello/téléréalité intellocrate (comme les artistes sont devenus les employés de l'art contemporain des institutions en France).
Fausse démocratie culturelle qui sert seulement une élite mondiale à avoir son art culturel, de distincion/distantion (Bourdieu).
L'art contempo, la culture de masse est re/tournée à la bourgeoisie nouvelle de ce nouveau capitalglobalism mondialisé des nouveaux riches "globaux".
Ce spectre de l'art/culture es démocraties, ce sont les fantômes qui hantent le mond vivant des humaines qui devraient habiter en harmonie avec la nature; le monde en poésie. Une néo classe bour
geoise des ultrariches a trouvé sa culture qui contribue à maintenir sa domination sur d'autres êtres humains, à travers les managers de la société de communicatin, de l'internet, à faire profit sans règles, dans la dictature des flux, des échanges boursiers...
Le profit devant la vie humaine...
La politique est devenue aussi une mascarade, une estétisation spectaculaire post/situationniste médiatique où les politiques sont devenus politiciens acteurs du mensonge, sans vrai débat d'idée de culture, de passions idéalisées, d'antagonismes politiques, culturels...
Comme fut le temps des années glorieuses de '45 à '75, des époques fordistes (sans complaisance ni nostalgie, car on rêve une nouvelle démocratie radicale pour la justice sociale où la paureé désiste, remplacée par le droit à l'existence et à la dignité...pour tous.
Mais...Le temps est venu de re-politiser l'art, la culture, d'injecter dans la vraie création la semence du refus et de la lutte. Poétique/politique, résistance artistique sociale, un art politique comme ne autre éthique néo globale.
Le temps est venu de redonner à la culture sa dignité de partage du sensible; et la restituer à ses multitudes spinoziennes agissantes de la néo résistance new globale.
Et par un étrange mouvement de l'histoire, les catégories des artistes, des bénévoles et des militants chercheurs se retrouvent ensemble pour mettre de l'ordre dans ce cahosmose de brouillage culturel, de l'art, la culture, la politique.
TOUS ensemble, artistes cyberdada, chercheurs en "extrême jonction", "jonction immédiate"; de la pratique du bénévolat au militantisme social de terrain (aide aux démunis "ici et maintenant") devraient contribuer à arrêter ce retour au moyen âge de ces époques de fascismes orwelliens, chino/américains à venir; des inégalités planétaires dues à la globalisation ultralibérale...
Ce nouveau militantisme (avec un grand M) d'"extrême jonction" entre toutes ces catégories de résistance , soit artistique, culturelle, politique, sociale des bénévoles militants artistes chercheurs; de jonction des différences, sensibilités, devrait réfléchir à une autre boîte à outils, pour re/construire (en déconstruisant) un art, une culture comme une philo politique, théorie pragmatique, praxithéorie ( qui remplace comme nous l'avons fait pendant des années dans le milieu de l'art ce qu'on appelait "the gost artist for ghost art, the ghost theory" de la fin du siècle passé) une théorie culturelle néo globale, du post modem ( comme nous l'avons écrit dans notre antimanifeste "extrême jonction" de la mouvance globale artistique cyberdada, 1996).
Une théorie/culture nouvelle pour l'humanité du prochain siècle de ce début dge millénaire, pour les générations à venir.
Futur proche de devenirs révolutionnaires, d'une autre pensée critique radicale qui suggère une minière de vie alternative à la domination oppression capitaliste, qui nous relègue au rôle inhumain de consommateur ; simples impures machines à consommer, acheter... Tous ensemble (artistes, chercheurs, bénévoles, militan,ts du social politique qui luttent pour la démocratie radicale et la justice sociale , l'"égaliberté", l'ecologie sociale des esprits) nous devrons reconstituer une "grande alliance" de toutes ces ecologies sociales des esprits, l'environnement, le social collectif; vivre ensemble, en quête permanente du sens du commun de la communauté à venir et d'une "autre" individualisation psychique collective des êtres singuliers/pluriels...

 

 

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Published by ERG - dans ESSAI
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